La religion m’a déjà « tué » une fois, je vous raconte cette tragédie de ma vie

J’ai fait trois essais sans réussir, elle m’observait  avec un regard qui dit beaucoup sauf d’être contente. Au quatrième essai elle n’en pouvait plus et moi non plus. Je n’arrivais plus à me contrôler, l’adrénaline était bien montée ; je ressentais quelque chose qui me dépassait. C’est quoi au juste ? Je n’en savais rien comme c’est la première fois que cela m’arrive et personne ne m’en avait jamais parlé. A l’église, surtout aux réunions des jeunes, les responsables nous faisaient savoir que c’est interdit pour les jeunes et adolescents et donc aucune discussion à propos.

Avant d’en arriver à l’église, je vais vous parler d’abord de la vie en famille. Là aussi ce n’était pas du tout facile d’aborder ces genres de sujets. Rester seul à seul avec une jeune fille est systématiquement interdit : pas d’explication à propos, ceux autour de quoi il faut discuter c’est les études.  Mon père était très dur avec nous, pas de causerie débat à la maison. Le seul endroit où on peut avoir un peu de liberté et échangé librement avec les autres, c’est l’église mais là aussi il y a des limites à ne pas franchir. A part les 10 commandements, le pasteur, les diacres et certains responsables de jeunes en rajoutent d’autres qui forcément ne se retrouvent pas dans la Bible.

Il nous est interdit entre autres de tenir la main d’une fille ou de mettre la main sur son épaule tant qu’on n’est pas encore marié. L’autre chose sur laquelle insistent tout le temps les responsables de l’église c’est l’utilisation des préservatifs. Ils nous font savoir que ce n’est pas bon pour le jeune chrétien et que cela enfreint au 7ème commandement de Dieu. Même pour les personnes mariées ce n’est pas bon, nous disaient-ils en soutenant avec l’idée selon laquelle Dieu ou l’église est pour les naissances. J’étais un fervent croyant et je me laissais facilement emporter par ces prêches sauf qu’arrivé à un moment de la vie on ne peut plus résister à certaines choses ou étapes de la vie.

Je suis resté sans rapport sexuel jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat à 18 ans. Moi et Anita nous avions fait le lycée ensemble, on n’était pas trop amis mais arrivé à l’université les choses ont changé. Nous nous sommes retrouvés au même département ; nous prenons le bus aux mêmes heures à l’allée comme au retour. Le vendredi on finit vite les cours à 11 heures et  devons-nous attendre le bus de 16 heures pour partir. En attendant que le bus ne vienne, nous nous trouvons abris dans les jardins de l’Université. C’était toujours bien et je me sentais très à l’aise, je préfère dire nous nous sentions à l’aise puisque dès fois nous ne voyions même pas l’heure passée et on ratait le bus de 16 heures pour prendre celui de 18 heures. Elle demandait de me rendre visite le week-end à la maison mais mon papa ne va jamais accepter donc je cherchais de faux arguments pour dévier son idée. Un jour je suis dépassé et je l’ai avoué le pourquoi elle ne pouvait pas me rendre visite et là elle me propose  un rendez-vous dans une banlieue de la capitale. Je voulais refuser mais elle insistait du coup moi aussi ne voulant pas la faire du mal j’ai fini par accepter.

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On s’est donné rendez-vous sur le dimanche soir à 19 heures. J’ai dit à la maison que je dois aller faire un travail de groupe chez mon ami Alfred que mes parents connaissent bien et j’ai pris le soins d’informer mon ami à propos.  Arrivé sur le lieu, j’ai vu Anita bien ‘’sapée comme jamais’’. Nous sommes rentrés dans une buvette ; après avoir pris une bouteille de bière je me suis soulé un peu puisque ce n’était pas de mon habitude, c’est interdit à l’église. Anita me tenait la main de temps à temps et me touchait des endroits qui me faisaient balancer en l’air. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait puisque c’est la première fois qu’on me le fait. Après elle me dit d’aller demander une clé chez le responsable de la buvette et qu’il y a une chambre où on peut se reposer un peu. Je n’obéissais qu’à ses ordres sans savoir pourquoi. J’agissais comme un bœuf qu’on amène à l’abattoir et qui n’a de choix que de subir l’opération.

Arrivé en chambre (chambre de passage) Anita n’a pas pris de temps avant d’enlever sa robe et rester en petite culotte. J’ai perdu ma force physique tout d’un coup, seul mon pénis était resté debout et plus dur. Anita sautait sur moi, elle m’enlevait mes habits. A cette étape je n’en doutais plus de ce qui allait se passer. Soudain, elle fait sortir des préservatifs de sa porte et me dit d’en porter. Je l’ai pris, j’ai déchiré avec mes dents ; elle me voyait bizarre. Au premier, deuxième, troisième et quatrième essai, j’ai fait éclater les préservatifs sans pouvoir le porté correctement puisque c’est ma première fois et personne ne me l’a jamais enseigné c’est-à-dire comment le porter correctement. J’ai renversé le sens (pas comme un bonnet). Anita s’énervait ; le plus grave c’est qu’avec cette situation je me suis stressé et mon pénis a refusé de se remettre en érection. Anita me prend par la suite et secoue la tête de mon pénis et tout est redevenu normal. Ne voulant plus subir le même choc, je me suis précipité et j’ai fait l’amour avec Anita sans porté de préservatif. Quand bien même qu’Anita était douée plus que moi en la matière je me suis senti bien aussi, mais arrivé à la maison je n’ai pas pu dormir paisiblement la nuit. Je me suis souvenu des cours d’Education civique et moral (ECM) du secondaire où on nous parlait des IST et VIH/SIDA ainsi que des grossesses non désirées. Toute la semaine qui a suivi, je n’étais pas à l’aise.

Connaître son statut sérologique : pourquoi ?

J’ai raconté les faits à mon ami Fabrice qui est bien un accro des trucs de ce genre. Il est également membre du Mouvement d’Action des Jeunes (MAJ)  de l’Association Togolaise pour le Bien-être familial (ATBEF). Il m’a conseillé de se rendre à la clinique de l’Association pour me faire dépister et ainsi que Anita. Le premier rendez-vous Anita a manqué, elle m’a appelé le matin pour me dire qu’elle a des problèmes de bas ventre. Mon cœur battait, j’imaginais déjà une grossesse et je me vois déjà irresponsable puisque je n’ai pas encore les moyens de prendre en charge une femme jusqu’à l’accouchement et par la suite l’enfant qui naîtra. Sauf que Fabrice me rassurait que ça peut ne pas être une grossesse. Trois semaines après, tout allait bien et nous nous sommes rendus à la clinique de l’ATBEF. On nous a examiné, l’accueil était très gentil ; on ne l’imaginait même pas. On nous a reçu d’abord un à un et par la suite ensemble. Les tests du VIH et de grossesses se sont révélés négatif, chose qui m’a un peu soulagé. Mais dès cas d’infections ont été diagnostiquées. Le prestataire nous a prescrit des médicaments et nous a donné également des conseils. Par la suite je suis devenu très attaché à Fabrice qui m’a proposé de renter dans le Mouvement d’Action des Jeunes de l’ATBEF.

5 choses que vous devez savoir sur les IST

Je me suis intégré au MAJ et je participe régulièrement aux séances de sensibilisation et de formation en santé de reproduction et planification familiale. Avec ces démarches je me suis éloigné un peu de l’église puisque j’ai failli gâcher ma vie dans l’ignorance. Je dirais que « la religion m’a presque tué ». Mon papa au début m’avait écarté et me considérait comme un bandit dans la mesure où il m’observait porter des T-shirt  sur lesquelles sont griffés des messages de sensibilisation pour la SR/PF ainsi que le VIH. Voyant mon engagement par la suite et voyant qu’il ne pouvait plus rien il a fini par m’accepter ainsi. Cette lutte m’amènera plus tard à faire partie des membres fondateurs du réseau des Jeunes Ambassadeurs SR-PF/Togo.

Homosexualité : une maladie ?

Aujourd’hui, je suis devenu journaliste. Je continue ma lutte en écrivant des articles régulièrement sur la SR PF. Je participe régulièrement à de grandes rencontre sur le sujet, des rendez-vous qui me permettent d’actualiser mes connaissances sur la thématique, d’attirer l’attention des différentes composantes de la société sur les enjeux et aussi pour rappeler aux OSCs et surtout à l’Etat le respect des engagements pris au niveau régional et international pour  rendre effectif  la politique de la PF au niveau national.

Défi personnel

Le défi à mon niveau aujourd’hui, c’est de lutter pour le changement des mentalités et de comportements qui nuisent à l’avenir des jeunes et adolescents dans nos sociétés. Malgré des sensibilisations organisées par ci et là, le poids de la tradition et surtout des religions bloque l’épanouissement des jeunes sur le plan sexuel et les « tue dès fois ». Travailler pour l’amélioration de l’accès des adolescents et des jeunes aux services de santé sexuelle et de reproduction (SSR), renforcer la communication pour le changement de comportement et la mise en place et le renforcement des infirmeries scolaires et des centres conviviaux intégrés des services SSR. Amener les professionnels de la santé à réserver de bons accueils aux jeunes, surtout lorsque ces derniers viennent chez eux avec des problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive.

 

Un commentaire sur “La religion m’a déjà « tué » une fois, je vous raconte cette tragédie de ma vie

  1. Un article bien rédigé avec des leçons apprises. Monsieur Landry félicitations a toi . Je te félicite parce tu viens de donner un coup de feu a toutes églises charismatique non seulement du Togo mais aussi dans le monde entier. Cet article sera un outil pour les dirigeants des jeunesses dans différentes église en vue faire une réforme par rapport aux enseignements.

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